vendredi 25 mai 2012

Le président de la banque du Vatican démissionne

Le président de la banque du Vatican, l'IOR, désavoué, démissionne


CITE DU VATICAN -

Le président de la Banque du Vatican, l'Institut pour les oeuvres religieuses (IOR), Ettore Gotti Tedeschi, a remis sa démission a annoncé jeudi soir le Vatican dans un communiqué.

Le Conseil d'administration de la Banque a adopté à l'unanimité un vote de défiance du président à qui il a été demandé de remettre son mandat, précise le communiqué.

L' IOR a été critiqué notamment par les médias italiens depuis des années, par exemple dans un livre publié en Italie, Sua Santita, par le journaliste Gianluigi Nuzzi.

Cette démission intervient alors que des fuites de documents confidentiels ont révélé depuis janvier la corruption dans l'administration vaticane.

Fondé en 1942 par le pape Pie XII, l'IOR a connu plusieurs scandales dont le plus célèbre est la faillite de la banque Ambrosiano, dont il était l'actionnaire majoritaire.

L'enquête avait démontré que la banque Ambrosiano recyclait l'argent de la mafia sicilienne de manière usuraire, en relation avec la loge maçonnique illégale P2.

Roberto Calvi, le "Banquier de Dieu", directeur de l'Ambrosiano, fut retrouvé pendu sous le pont Blackfriars de Londres en 1982.

On sait aujourd'hui que le banquier a été assassiné pour l'empêcher "d'exercer un pouvoir de chantage envers les référents politico-institutionnels de la maçonnerie, de la Loge P2 et du IOR, avec lesquels il avait géré des investissements et des financements de fortes sommes d'argent", soutient aujourd'hui le ministère public. ...

"Un grand nombre de gens ont un tas de comptes à rendre, dans cette affaire", avait menacé Calvi avant de s'enfuir. Le banquier, qui se vantait d'avoir aidé le Pape au cours des opérations financières en faveur de Solidarnosc en Pologne, ne voulait visiblement pas jouer le rôle d'un simple fusible.

Le 5 juin 1982, 13 jours avant sa mort, Calvi écrit directement au pape Jean-Paul II, Karol Woytila:
"Votre Sainteté, c'est moi qui me suis chargé du lourd fardeau des erreurs ainsi que des fautes commis par les représentants actuels et passés du IOR... C'est moi qui, ayant été chargé avec précision par vos représentants autorisés..." (...)

"L’Affaire Boffo" ressurgit...

Texte en italien sur L'Avvenire du 16 avril (grâce à Raffaella).
Ma traduction.

Goebbels et l'opération des prêtres pédophiles

En 1937, le ministre de la propagande nazi a organisé une campagne pour discréditer l'Eglise catholique, en réponse à l'encyclique "Mit brennender Sorge". Et le chef du contre-espionnage militaire allemand, Wilhelm Canaris, fit parvenir à Pie XII les documents du plan.
Massimo Introvigne
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"Il y a des cas d'abus sexuels qui sont révélés tous les jours contre un grand nombre de membres du clergé catholique.
On ne peut malheureusement plus parler de cas individuels, mais d'une crise morale collective qui n'a peut-être jamais connu dans l'histoire culturelle de l'humanité une dimension si effrayante et si déconcertante. De nombreux prêtres et religieuses se sont reconnus coupables. Il ne fait aucun doute que les milliers de cas portés à l'attention de la Justice ne représentent qu'une petite fraction du total authentique, puisque de nombreux délinquants ont été couverts et cachés par la hiérarchie".
Un éditorial paru dans un grand journal laïque de 2010? Non: un discours prononcé le 28 mai 1937 par Joseph Goebbels (1897-1945), ministre de la Propagande du IIIe Reich. Ce discours, de grande résonance internationale, est le point culminant d'une campagne lancée par le régime nazi pour discréditer l'Eglise catholique dans un scandale des prêtres pédophiles.276 religieuses et 49 prêtres séculiers sont arrêtés en 1937.
Les arrestations se succèdent dans tous les diocèses allemands, de manière à toujours garder les scandales sur la première page des journaux.
Le 10 Mars 1937 avec l'encyclique Mit brennender Sorge, le Pape Pie XI (1857-1939) condamne l'idéologie nazie.
À la fin du mois, le ministère de la Propagande dirigé par Goebbels lance une campagne contre les abus sexuels des prêtres. La planification et la gestion de cette campagne sont connues grâce à des documents dont l'histoire est digne des meilleurs romans d'espionnage.
En 1937, le chef du contre-espionnage militaire allemand est l'amiral Canaris Wilhelm (1887-1945). Il est devenu graduellement anti-nazi, et a mûri les convictions qui l'amèneront à organiser l'attentat manqué contre Hitler en 1944, à la suite de quoi il sera pendu en 1945. Canaris désapprouve les manœuvres de Goebbels contre l'Église catholique et charge l'avocat Josef Müller (1878-1979) de porter à Rome une série de documents secrets sur le sujet.
À diverses reprise, Müller - avant d'être arrêté et interné dans le camp de concentration de Dachau, dont il survivra, devenant après la guerredministre de la Justice de Bavière - apporte des documents secrets à Pie XII (1876-1958), qui demande à la Compagnie de Jésus de les étudier.
Avec l'approbation de la Secrétairerie d'État, les enquêtes sur la conspiration nazie contre l'Église sont confiées au jésuite Allemand Walter Mariaux (1894-1963), qui, après avoir animé l'organisation allemande anti-nazie Pauluskreis a été prudemment envoyé comme missionnaire au Brésil et en Argentine. Là, comme directeur de la Congrégation Mariale, il exerce son influence sur toute une génération de laïcs catholiques, y compris le célèbre penseur catholique brésilien Plinio Corrêa de Oliveira (1908-1995), qui fréquente l'un de ses groupes de Sao Paulo. Mariaux publie en 1940 à Londres en anglais, et en 1941 à Buenos Aires en espagnol, sous le pseudonyme de «Testis Fidelis», deux livres sur la persécution anti-catholique du Troisième Reich: plus de sept cents pages de documents commentés qui suscitent une grande émotion dans le monde entier.
L'expresssion «panique morale» n'a été forgé par les sociologues que dans les années 1970, pour identifier une alarme sociale conçue tout exprès en amplifiant les faits réels et en exagérant leur nombre à travers des statistiques folkloriques, tout en "découvrant" et présentant comme "nouveaux" des événements en réalité déjà connus et éloignés dans le temps. A la base il y a des événements réels, mais leur nombre est systématiquement déformé. Même sans disposer des outils de la sociologie moderne, Goebbels répond à l'encyclique Mit brennender Sorge de 1937 avec une opération digne d'un manuel pour créer une panique morale.
Comme toujours, dans les paniques morales, les faits ne sont pas entièrement fictifs.
Avant l'encyclique, il y avait eu en Allemagne quelques cas d'abus sur des mineurs. Mariaux lui-même reconnaissait coupable un religieux d'une école de Bad Reichenhall, un enseignant laïc, un jardinier et un concierge, condamnés en 1936, tout en notant que la peine imposée par le ministère de l'Éducation de Bavière - la révocation de l'autorisation de gérer des écoles à quatre ordres religieux - était totalement disproportionnée et se reliait à la volonté du régime d'écraser les écoles catholiques. Egalement sur le cas de plusieurs franciscains de Waldbreitbach en Rhénanie, Mariaux est ouvert à l'idée d'une culpabilité des accusés, bien que plus tard les historiens n'aient pas exclu l'ypothèse d'un montage nazi.
Les cas - très peu nombreux, mais réels - avaient conduit à une réaction très ferme de l'épiscopat.

Le 2 Juin 1936, l'évêque de Münster, le Bienheureux Clemens August von Galen (1878-1946) - l'âme de la résistance catholique au nazisme, béatifié en 2005 par Benoît XVI - fait lire une déclaration à la messe dominicale, où il exprime "la douleur et la tristesse" pour "les crimes abominables" qui "couvrent de honte notre sainte Eglise. "
Le 20 août 1936 après les événements de Waldbreitbach, l'épiscopat allemand publie une lettre pastorale collective dans laquelle ils "condamnent fermement" les dirigeants de l'Église et mettent l'accent sur la collaboration avec les tribunaux de l'État.
À la fin de 1936, les mesures strictes sont prises - devant quelques rares cas, parmi lesquels certains douteux - les évêques allemands semblent avoir résolu les problèmes réels.
D'une voix étouffée, les Évêques font aussi remarquer que parmi les enseignants des écoles publiques et dans l'organisation de jeunesse du régime elle-même, la Hitlerjugend, les cas de condamnations pour violences sexuelles sont beaucoup plus élevés que dans le clergé catholique.
C'est l'encyclique de Pie XI contre le nazisme qui détermine la grande campagne de 1937. Mariaux le prouve en publiant les instructions très détaillées envoyées par Goebbels, quelques jours après la publication de Mit brennender Sorge à la Gestapo, la police politique du Troisième Reich, et en particulier aux journalistes, invités à «découvrir» les affaires jugées en 1936, et même les épisodes plus anciens, les représentant en permanence au public. Goebbels ordonne à la Gestapo de trouver des témoins pour accuser plusieurs prêtres, les menaçant d'arrstation immédiate s'ils ne coopèrent pas, même lorsqu'il s'agit d'enfants.
L'expression proverbiale "il y a un juge à Berlin", qui dans la tradition allemande indique une confiance dans l'indépendance de la magistrature face aux puissances en place, vaut aussi - dans certaines limites - pour le Troisième Reich. Sur les 325 prêtres et religieux qui ont été arrêtés après l'encyclique, seuls 21 sont condamnés. Il est presque certain que parmi eux il y a les innocents calomniés. Presque tous finissent dans les camps d'extermination, où beaucoup meurent.
La tentative de discréditer l'Église catholique à l'échelle internationale grâce à des accusations d'immoralité et de prêtres pédophiles va toutefois échouer.

© Copyright Avvenire, le 16 avril 2010

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